Interview // Jérôme et Agnès membres du Collectif Temporadas nous parlent de la Sant Blasi !

photo membres Collectif Temporadas

Photo Collectif Temporadas

C’est lors de la rédaction de mon article sur Martror que j’ai parlé du Collectif Temporadas qui organise les fêtes saisonnières à Pézenas. J’ai eu envie d’en savoir plus sur ce collectif et comme la fête de Sant Blasi  approche, j’ai pris rendez-vous avec Jérôme Dru et Agnès Allart qui m’ont très  gentiment accordé de leur temps pour répondre à mes questions. C’est au « QG », un café de Pézenas, que j’ai rendez-vous en ce mardi après-midi pour y rencontrer ces deux membres bénévoles.

Agnès en est la trésorière (jusqu’à la prochaine assemblée générale me précise-t’elle), Jérôme, bénévole, est également employé comme musicien et technicien du spectacle.  Ils interviennent ici en parlant au nom de tout le Collectif pour nous en raconter les tenants et aboutissants et nous raconter l’histoire de la fête de Sant Blasi.

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Le Collectif Temporadas

C’est suite à un désaccord entre la municipalité de Pézenas et  « Le Théâtre des Origines » fin décembre 2014 au terme duquel la compagnie théâtrale n’organisera plus les 3 fêtes saisonnières de Pézenas que naît le Collectif. En effet, comment imaginer la vie à Pézenas sans la fête qui célèbre son Saint Patron et qui ouvre les festivités de Carnaval? Les citoyens s’en émeuvent, certaines associations également, il faut réagir et vite, la Saint-Blaise est dans quelques semaines, les traditions qui font de Pézenas son âme et son charme risquent de disparaître! Le Collectif ouvre une collecte de fonds sur Ulule (site de financement participatif européen) qui leur permettra de récolter quelques fonds nécessaires pour démarrer en complément des (maigres) subsides municipaux. La somme demandée est dépassée, preuve de l’engagement et de la volonté des habitants de voir perdurer ces fêtes.

  • Comment fonctionne le Collectif ?

– Ce collectif est ouvert à des personnes engagées dans les associations telles que « Les Amis du Poulain », « Les Machous », « Les Fadas », « Les Amis de Pézenas » mais également à toutes celles et ceux qui ont envie que perdurent les fêtes traditionnelles à Pézenas. C’est une expérience de démocratie participative. C’est une structure horizontale organisée en collèges. Chaque adhérent peut, en fonction de ses compétences et envies, s’inscrire dans un collège : le collège administratif, artistique, technique, logistique, etc. Chaque collège se réunit en petits groupes puis nous organisons un Conseil d’Administration chaque mois pour faire le point, précise Jérôme.

– Cela demande de la bienveillance et de la pédagogie, ajoute Agnès.

  • Combien il y a t’il d’adhérents ?

Actuellement  il y a 120 adhérents auxquels il faut rajouter 300 participants ! Car on peut adhérer à l’association sans participer et, inversement, participer sans forcément être adhérents, tient à préciser Jérôme. Par exemple les enfants de l’école « La Calandreta » participent mais ne sont évidemment pas, à titre individuel, adhérents.

– Nous avons aussi des adhérents à l’étranger qui ne peuvent donc pas participer. souligne Agnès.

(Edit : Certains viennent exprès pour les fêtes, de Suisse et d’Espagne notamment).

– Le Collectif se veut être un catalyseur des forces vives de Pézenas, reprend Jérôme. On essaie de démystifier le côté professionnel que peut revêtir un projet artistique et théâtral en ouvrant les portes de ce Collectif à toutes et tous. Les scenarii sont préparés par le Collège artistique (composé d’adhérents tant amateurs que professionnels). Des professionnels sont engagés (comédiens, musiciens, techniciens) afin d’assurer une qualité artistique et visuelle car c’est un outil de valorisation au service de la fête.

  • Le Collectif a un an, quel bilan faites-vous ? Quelles sont vos difficultés, vos projets, vos souhaits ?

– La Mairie met à notre disposition plusieurs lieux pour les différents moments de la fête  : le Foyer des Campagnes, la Maison pour tous, la Salle Bonnafous… explique Agnès. Nous avons aussi un local mais qui ne nous permet pas de nous réunir à plus de trois. Actuellement nous nous réunissons chez l’un ou chez l’autre à tour de rôle…  Il nous faudrait un vrai local digne de ce nom pour nos réunions et la préparation des costumes, les répétitions, le stockage du matériel.

– Notre ambition : que les fêtes populaires redeviennent populaires ! S’enthousiasme Jérôme. L’expérience des Temporadas est unique. Elle intéresse des chercheurs universitaires, le Cirdoc (médiathèque interrégionale occitane), la Région avec « Total Festum » (promotion des cultures catalanes et occitanes). Et nous sommes partie prenante de projets européens.

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La Sant Blasi

Pour  comprendre l’histoire du choix de Saint Blaise comme saint patron de Pézenas et son lien avec Carnaval je suis allée lire le très intéressant ouvrage de recherche de Claude Alranq « Sant Blasi à Pézenas ou le mystère de Carnaval ». J’en livre ici un humble résumé avant de reprendre l’interview.

Saint Blaise (sa vie, son  oeuvre)

Saint Blaise (280 – 316) fut l’évêque de Sébaste en Asie Mineure. Refusant d’abjurer et provoquant par là-même la colère d’un gouverneur romain il sera soumis à la torture, la pendaison et la noyade dont il réchappe à chaque fois. Mais le martyr succombera à la décapitation le 3 février.  Ses dons de guérisseur pour les affections touchant la gorge et ses aptitudes à communiquer avec les animaux seront à la base d’un culte populaire qui se répandra dans toute la chrétienté. Figurant parmi les quatorze saints intercesseurs reconnus par l’Eglise il deviendra le patron protecteur des métiers liés au animaux.

Saint Blaise et Pézenas.

Terre de transhumance des animaux d’élevage, Piscinae qui allait devenir Pézenas, fut vite renommée pour la qualité de fabrication de ses draps et son travail du cuir. Saint Blaise était donc tout désigné pour patronner les lieux. Mais Saint Blaise était aussi réputé pour ses dons de guérisseur des voies respiratoires et fut décapité le 3 février.

Si on remonte aux temps pré-chrétiens du paganisme sur lesquels furent greffés les cultes chrétiens la période de début février fut toujours célébrée et ritualisée. Rite de passage entre l’hiver et le printemps, le froid et le chaud, la mort et la vie, temps du renouveau et du dépassement. Toutes ces fêtes païennes, quels que soit le pays d’Europe et leurs variations, reposent sur des schémas communs :

– le réveil des animaux et donc le retour des Hommes Sauvages (c’est-à-dire tous les hommes et les métiers proches du monde animal),

– l’impulsion du souffle (on retrouve ici le lien avec les maladies respiratoires guéries par Saint Blaise),

– le triomphe de l’enthousiasme, qui, si on reprend la racine grecque du mot « transport divin », est cet état de conscience modifié, qui nous rappelle le sens  de notre présence sur Terre.

Saint-Blaise et Carnaval 

Une fois adopté comme Saint Patron il fut associé aux fêtes traditionnelles notamment Mardi-Gras qui la suit de peu. Cela devint la St Blasi-Carnaval. Autorisée, puis interdite, cette fête subit les affres des décisions politiques jusqu’à la décision de les séparer. C’est en 2007 que la rencontre entre la fête profane et la fête sacrée fut de nouveau instituée.

  • Question de novice : vaut-il mieux dire « Sant Blasi » ou « Saint Blaise » ? Cela fait-il une différence ? 

– La langue occitane est d’abord un plaisir, sourie Jérôme. Je ne suis pas Piscénois de naissance, de par ma grand-mère je connaissais quelques mots de patois limousin. Je vis dans le Midi depuis 20 ans et j’ai appris l’occitan pour le plaisir et par nécessité professionnelle. Je le comprends mais je le parle mal.

– Je ne suis pas piscénoise de naissance non plus, j’ai une passion pour les langues, j’ai appris le catalan à l’université. Mais je ne parle pas l’occitan, nous apprend Agnès.

– Pour répondre à ta question, continue Jérôme, on peut dire indifféremment « Saint Blaise » ou « Sant Blasi » mais l’occitan est le fondement culturel, il véhicule une certaine façon de penser. C’est une filiation… Et puis il y a l’aspect historique puisque Saint Blaise est le saint patron de la ville, choisi à une époque où la langue parlée était l’occitan.

  • Que nous raconte cette fête ? Quels en sont les codes ? 

– Sant Blasi est le signal d’entrée de Carnaval, sans lui pas de Carnaval ! Insiste Jérôme. Mythologiquement, symboliquement cette fête est indispensable. L’histoire est la suivante : la population va chercher St Blaise à l’Eglise. St Blaise est monté sur un âne mais à l’envers car il tourne le dos à l’hiver. La population amène St Blaise aux trois Capitouls. Les Capitouls ce sont les responsables politiques de la ville qui vont devoir céder les clés de la ville à St Blaise afin que la population prenne possession de la ville et de la Carnavaline (la Carnavaline est l’esprit du Carnaval).

.Carnaval est la « fête à l’envers ». La satire politique y tient une place importante. La critique de l’ordre établi peut-être lue à des degrés divers, prévient-il. Le Carnaval est un temps de lâcher-prise qui, pourtant, ne doit pas faire oublier les codes de la fête. C’est un art subtil… Traditionnellement les discours des Capitouls lors de la fête de Sant Blasi sont écrits par les citoyens qui jouent ce rôle. Ce sont des carnavaleux depuis de longues années qui maîtrisent bien les codes de l’irrévérence carnavalesque… Ils savent raconter un événement en le prenant à contre-pieds.

  •  Comment faites-vous pour apporter de la nouveauté d’une année sur l’autre à cette fête traditionnelle sans la modifier ? 

– Nous nous inspirons de l’actualité ! Cette année nous nous sommes inspirés des attentats et de la Cop21… St Blaise était d’Asie Mineure… Comment vivre notre relation à l’étranger ? Comment continuer à fêter les Temporadas (fêtes saisonnières) s’il n’y a plus de saisons ?

  •  Un scoop ? 

– Sans tout dévoiler je peux dire qu’il va y avoir un peu de suspense concernant l’âne et Saint Blaise… L’étranger qu’il est aura-t’il franchi la frontière ? Comment ouvrir les fêtes de Carnaval s’il n’est pas là ?…

heartJe remercie encore Jérôme et Agnès qui ont  si gentiment répondu à mes questions. Je suis heureuse de rencontrer des Piscénois d’adoption qui ont à coeur de perpétuer ces fêtes qui font le charme de cette ville si belle.

« On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes » dit le sage proverbe… Souhaitons que les enfants de Pézenas, natifs ou adoptés, puissent encore longtemps profiter de leurs racines et que le Collectif poursuive son envol avec bonheur.


finger right le programme de Sant Blasi 2016 !

tag S vous avez envie d’adhérer au Collectif Temporadas, en savoir plus sur eux, vous pouvez aller sur leur site internet et les suivre sur leur page facebook. 

tagSi vous souhaitez lire l’ouvrage de Claude Alranq ou écouter sa conférence c’est en ligne sur le site du Collectif. Vous pouvez également cliquer ici pour accéder directement au texte.

tagLisez  mon article sur Martror !


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